Finance verte ou noire ?

24.04.2022 |

Ainsi qu’exposé dans nombre de mes contributions, la préservation de la nature et la neutralité carbone jouent un rôle de plus en plus important pour les activités du secteur bancaire et financier. Certains banquiers suisses comme Lombard Odier ont choisi une position de pointe en matière de ce qu’on appelle « finance verte ». Cette banque privée a notamment organisé à fin 2021 à Genève la manifestation « Building Bridges » comme je l’ai commenté dans un article.

La télévision de la Suisse romande a consacré cette semaine un reportage de son émission phare hebdomadaire « Temps présent » au thème de la finance verte. Cette vision critique disponible sur Youtube mérite que vous lui accordiez environ 50 minutes de votre temps.

Je ne veux pas tout déflorer, mais j’aimerais tout de même mettre deux exemples en exergue. Les journalistes ont examiné dans le détail quels investissements « verts » sont proposés par les financiers qui commercialisent des fonds de placement respectueux de la préservation de l’environnement. Le résultat est clair : le choix des investissements est une activité complexe et les critères sont si flous que parfois de gros poissons – je proposerais de parler en l’occurrence de gros requins – échappent aux critères et viennent remettre en question le sérieux de cette démarche. Dans les deux cas, il s’agit de relativement gros investissements qui sont proposés par des banquiers acquis à la « finance verte » :

  • D’abord, la société minière belge Umicore qui s’est illustrée dans la production de métaux lourds et la transformation des minerais d’uranium. Cette société qui emploie plus de 10’000 personnes s’est reconvertie dans le renouvelable, notamment dans le recyclage de métaux industriels. Son image est aujourd’hui verte foncée et se proclame « climatiquement neutre ». Les recherches des journalistes montrent que les anciennes activités d’Umicore se sont traduites par l’accumulation de quantités très importantes de déchets, que ce soit des résidus toxiques de mines ou des déchets encore très radioactifs de transformation de l’uranium et du radium. Même si des promoteurs de la finance verte comme le psychiatre et aérostier Bertrand Picard disent se concentrer sur les activités actuelles de la société, de nombreux écologistes témoignent que la dépollution de ces sites coûterait plusieurs milliards et pousserait Umicore à la faillite.
  • Le deuxième exemple est celui de la société de Dubaï MAJID AL FUTTAIM qui a reçu des montants très importants pour réduire la consommation d’eau et d’électricité de ses centres commerciaux. L’embarras est que le produit phare de la société est la construction de pistes de ski couvertes dans les centres commerciaux des pays du Moyen-Orient, y compris la présence de pingoins ! La société a un nouveau projet pharaonique à Shangaï qui très vraisemblablement se traduira lui aussi par l’explosion de la consommation d’énergie et d’eau. La seule approche durable serait de renoncer à créer des pistes de ski couvertes dans les pays chauds. C’est ce que les journalistes ont essayé d’expliquer à Patrick Odier, le leader de Lombard Odier, banque genevoise qui a financé les projets de la société de Dubaï. Patrick Odier a finalement demandé que son interview ne soit pas diffusée…..

A vos écrans…

Temps Présent
Temps Présent

0 commentaires

Soumettre un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *