Il y a quelques jours, la presse s’est faite l’écho d’une nouvelle publication sur « des scénarios socio-économiques pour la Suisse » en relation avec la politique climatique et les analyses du GIEC (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat). Jusqu’ici le thème du GIEC pour la Suisse évoquait pour moi l’académie suisse des sciences naturelles scnat ou l’Office fédéral de l’environnement (OFEV).
Dans ce cas, il s’agit d’un acteur nouveau pour moi, l’Institut fédéral de recherche sur la forêt, la neige et le paysage (WSL) qui appartient au domaine des Écoles polytechniques fédérales. Selon son mandat, le WSL surveille l’état et l’évolution du paysage, de la forêt, de la biodiversité, des dangers naturels ainsi que de la neige et de la glace et développe des solutions durables pour répondre à des enjeux de société. Sur les plus de 500 collaboratrices et collaborateurs employés sur les sites de Birmensdorf, de Davos et dans trois antennes en Suisse latine, presque la moitié sont des scientifiques. Près d’un quart du personnel du WSL travaille pour l’Institut fédéral pour l’étude de la neige et des avalanches (SLF) à Davos.
La démarche du WSL s’inspire des scénarios décrits dans le cadre du 6ème rapport du GIEC. Il s’agit des cinq « Shared Socioeconomic Pathways (SSP) qui lient des scénarios de développement et le niveau d’émission de gaz à effet de serre. Le rapport de 120 pages préparé par des chercheurs en grande majorité germanophones n’est disponible qu’en langue allemande.
Le rapport explique que ces scénarios se distinguent des analyses de trend ou des prévisions. Il s’agit de discuter avec des experts d’approches qualitatives et de la manière de combiner les principaux facteurs dans des scénarios cohérents à l’horizon 2100. Si les différentes approches méthodologiques sont passées en revue, je retiendrai que cela reste très qualitatif, l’approche « intuitive » restant centrale. Les cinq scénarios retenus se distinguent pour certains des SSP originaux du GIEC. Pour faire le lien avec la politique climatique et les émissions de CO2, il faut encore ajouter l’analyse des politiques de protection du climat (Shared Policy Assumptions ou SPA).
C’est ce qui a été appliqué par la firme Infras, qui a estimé sur mandat du WSL les émissions de gaz à effet de serre découlant des différents scénarios. Le rapport, disponible en allemand présente les différentes combinaisons de politiques (SPA) dont je vous soumets ici une adaptation en français :

Le tour de force est de quantifier les effets de scénarios qualitatifs. Infras doit faire de multiples hypothèses dans les nombreux secteurs de son modèle pour prédire l’évolution des émissions de gaz à effet de serre. On ne sera pas étonnés d’apprendre que les émissions les plus basses seront atteintes avec les scénarios les plus ambitieux. S’il n’est pas étonnant que les émissions continuent de croître jusqu’en 2060 pour le SPA4, il reste d’après moi ouvert de savoir si le ‘zero-net’ sera atteint comme indiqué pour la variante ‘Etat vert’.
Si ces jeux intellectuels peuvent rester à mon avis très stimulants, leur lien avec les analyses actuelles des experts du GIEC et de scnat pour la Suisse reste très indirect. En fait pour moi, il est évident qu’un scénario « Etat vert » est sous l’angle du climat préférable à une variante « Etat ordolibéral » ; la question est davantage de savoir comment aboutir à cet « Etat vert » !

