Au moment où le Parlement débattait la question de réintroduire l’énergie atomique comme source potentielle d’électricité, l’Ecole polytechnique fédérale de Zurich (EPFZ) et l’institut Paul Scherrer (PSI) ont publié une étude sur le rôle potentiel des centrales nucléaires. Avec ses 2300 collaborateurs, le PSI est le plus grand institut de recherche suisse pour les sciences de l’ingénierie et historiquement est étroitement lié au développement de l’énergie atomique en Suisse. Les conclusions, sur lesquelles je reviendrai en détail, sont que le développement de nouvelles centrales nucléaires en Suisse est possible – comme le Parlement en a décidé après une dernière volte-face – mais que cela nécessitera un engagement financier important des pouvoirs publics. En préambule, les auteurs de l’étude précisent qu’ils ne se prononcent pas sur la nécessité de re-développer le nucléaire en Suisse; j’ajouterai qu’ils n’abordent pas plus le sujet de l’évolution souhaitable du budget du PSI….
Le titre de l’étude et du communiqué également disponibles dans la langue de Molières est « Dans quels cas la construction de nouvelles centrales nucléaires est-elle indiquée en Suisse ? » L’étude d’une trentaine de pages publiée par l’EPFZ est disponible sous le titre « L’énergie nucléaire et le futur système énergétique suisse: une analyse par modélisation technico-économique
Les experts ont utilisé quatre modèles énergétiques existant pour calculer le développement potentiel du nucléaire en fonction des coûts de construction, du coût du capital en fonction des risques, et du soutien des pouvoirs publics. Deux conclusions sont importantes pour moi : 1) l’objectif énergétique que s’est fixé la Suisse à l’horizon 2050 est atteignable sans énergie atomique et 2) même avec l’énergie atomique, les échanges d’électricité avec les pays voisins sont indispensables pour atteindre cet objectif, notamment en hiver. La troisième conclusion est que le degré de développement du nucléaire sera fonction de l’engagement financier des pouvoirs publics.
Les calculs se basent sur le développement de centrales nucléaire à eau légère de dernière génération mais la question cruciale est de savoir combien cela coûtera. Les dernières centrales construites ont fait exploser les budgets. Même en supposant que ces coûts décroissent avec le nombre de nouvelles centrales, l’incertitude reste élevée et les experts tablent sur des coûts variant du simple à plus du double (de 5’000 à 12’000 CHF par kW). Comme ces investissements s’amortissent sur une très longue période, le coût du capital devient un facteur crucial. Pour être compétitif, il faudrait se baser sur un taux de 5%, alors que les investisseurs sensibles aux risques importants représenté par la branche nucléaire attendent un taux plus proche de 8%, ce qui change énormément les résultats. Dans les scénarios présentés, selon les règles actuelles et en tenant compte d’un taux d’intérêt/risque de 8%, le nucléaire ne serait compétitif que si les coûts de construction seraient très bas, ce qui est très peu vraisemblable.
Les conclusions sont claires (p. 31) :
« Nous constatons que le déploiement de nouvelles capacités nucléaires dépend largement de deux décisions politiques : 1) l’octroi au nucléaire, par le gouvernement, d’un soutien politique similaire à celui dont bénéficient les énergies renouvelables, et 2) l’octroi par le gouvernement d’un soutien financier supplémentaire permettant de réduire les risques d’investissement dans le nucléaire par le biais de garanties de prêt (ou de mesures exerçant un effet comparable), ce qui se traduirait par une baisse du WACC [taux d’intérêt avec risque] »
Mes propres conclusions sont que les opposants à la réintroduction du nucléaire avaient raison en demandant que le Conseil fédéral tire au clair ces questions de financement avant de prendre une décision sur le fond. La très courte majorité qui a tranché en faveur du nucléaire devait être consciente de la Bérézina qui pourrait découler d’une discussion des coûts. En conséquence, il appartient aux référendaires de publier très largement les conclusions de l’étude des atomistes de Villigen.
