L’agence internationale de l’énergie (AIE) vient de publier sa « bible annuelle » , le World Energy Outlook (WEO) en pleine rencontre de la COP30. Cette publication, qui chaque année tente de faire le bilan de l’évolution mondiale et des principaux trends en matière d’énergie, s’inscrit cette fois dans un contexte politique particulièrement préoccupant. En effet, cette organisation sœur/fille de l’OCDE créée en 1974 pour fédérer les intérêts des pays importateurs de pétrole, est soumise à des critiques acerbes de l’administration Trump. Le Secrétaire à l’énergie de l’administration américaine, Chris Wright, a menacé clairement l’organisation internationale en déclarant que les USA réformeront le fonctionnement de l’AIE ou s’en retireront. En toile de fond, on retrouve les doutes du président US en ce qui concerne le réchauffement climatique et son soutien sans faille aux industries extractives, particulièrement pétrolières.
Ce ‘pavé’ de plus de 500 pages présente notamment trois scénarios en redonnant clairement plus de poids aux énergies fossiles chères à Donald Trump. Ces scénarios ne sont pas, selon l’AIE, des prévisions mais doivent servir à mieux comprendre les conséquences à long terme des différentes politiques.
Le premier scénario, intitulé ‘Current Policies Scenario’ reflète en fait les reculades de l’administration US par rapport aux engagements pris lors de la conférence de Paris. Contrairement aux perspectives des publications des années récentes, la demande de pétrole et de gaz devrait continuer de croître jusqu’en 2050.
Le deuxième scénario intitulé ‘Stated Policies Scenario’ revient à traduire dans les faits les engagements de politique climatique pris par les différents pays et acteurs économiques mais pas encore réalisés. Malgré cela, les prévisions restent en demi-teinte car le rapport conclut que les objectifs ambitieux qui ont été actés par la communauté internationale ne pourront pas tous être atteints.
Le troisième scénarios « Net Zero Emissions by 2050’ a un titre plus qu’explicite. Les mesures prévues pour atteindre des émissions zéro de CO2 en 2050 y sont décrites mais le lecteur a rapidement l’impression que c’est une variante « pour faire joli » et qui a nettement perdu de sa crédibilité.
Apart cela, le WEO reste une mine passionnante d’informations, d’analyses et de prévisions. Je retiendrai ici également trois éléments :
La Chine va continuer de marquer l’évolution en restant un producteur de biens stratégiques pour la production d’énergie, que ce soit les terres rares où les panneaux solaires. L’empire du milieu est à ce point dominant que de nombreux concurrents ont été mis en difficulté.
Le rôle de la Chine au niveau de l’augmentation de la consommation énergétique sera remplacé par celui du reste du Sud global, à savoir Sud-Ouest asiatique, Moyen-Orient, Amérique du Sud et Afrique.
L’AIE se préoccupe également des 730 millions d’habitants de la planète qui n’ont pas encore d’accès à l’électricité et au presque 2 milliards qui se contentent de méthodes de cuissons archaïques qui nuisent à leur santé. L’organisation internationale décrit notamment les mesures prévues pour répondre pleinement à ces demandes en 2035-40.
Il reste donc à attendre pour voir si ce ‘rétropédalage’ de l’AIE pour éviter que l’Oncle Sam, son fondateur et contributeur le plus important, ne lui coupe les vivres…

