Un futur électrique

13.05.2026 | Climat |

Centrale électrique Laufenburg
Drapeau français

Source

Internet
Drapeau français

Langue

Français
Territoire Suisse avec croix fédérale

Région

Suisse
Palais fédéral

Thème

Analyse économique
Centrale électrique Laufenburg
En bref : Axpo, producteur suisse d’énergie, publie une étude sur l’avenir de l’électricité en Suisse, centrée sur la saison hivernale, période critique pour l’approvisionnement. Réalisée avec des institutions suisses, l’étude propose trois sources énergétiques principales : éolien, gaz et nucléaire, tout en critiquant le photovoltaïque, peu efficace en hiver. Elle recommande des mesures urgentes : un accord avec l’UE, le maintien des centrales nucléaires existantes, une réforme des subventions, le développement de l’éolien et la construction de centrales à gaz. Deux scénarios sont envisagés pour compenser la baisse de production due à la sortie du nucléaire : un mix énergétique (éolien, gaz) ou la construction de deux nouvelles centrales nucléaires. Axpo soutient le scénario nucléaire mais reconnait que l’autre scénario se heurte à moins de résistances.

La société axpo, important producteur et diffuseur d’énergie détenu par les cantons du Nord-Est de la Suisse, vient de publier une étude très intéressante destinée à nourrir la discussion sur l’avenir de l’énergie électrique en Suisse dans les prochaines décennies. Cette société dont le siège se trouve à Baden (AG) emploie environ 4’200 personnes et est non seulement active en Suisse mais aussi présente dans le monde entier.

Ce sont près de 50 spécialistes qui ont collaboré à cette étude entreprise avec l’EPF de Zurich et l’Institut Paul Scherrer. Les conclusions ont également été soumises à un groupe d’experts représentatifs des principaux courants politiques suisses. Une partie des résultats sont en langue anglaise ou allemande, mais une large synthèse est disponible en français sur les pages consacrées au ‘Energy Report’.

L’approche est celle d’ingénieurs qui défendent leur activité de producteurs d’énergie mais est malgré cela très intéressante sous de nombreux aspects et mérite à mon avis un examen approfondi. Parmi les mérites de cette démarche, je retiendrai une hiérarchisation des objectifs et une explicitation relativement claire des différents choix politiques possibles. L’analyse et ses deux scénarios principaux cherchent à montrer comment la Suisse peut garantir son approvisionnement en électricité dans une perspective de décarbonation et donc d’électrification de notre économie. Les auteurs de la démarche choisissent de se concentrer sur la saison d’hiver qui est la période au cours de laquelle la Suisse se heurte aux plus grands goulets d’étranglement et doit importer actuellement une part importante de son électricité.

Pour relever ces nombreux défis, les experts tablent sur le développement alternatif de trois sources énergétiques : l’éolien, le gaz et l’énergie atomique. En comparaison, le potentiel de l’énergie hydroélectrique est aujourd’hui presque complètement épuisé et l’énergie photovoltaïque semble beaucoup  moins prometteuse. Les experts de Baden sont en effet très critiques : les panneaux solaires, qui font aujourd’hui l’objet d’un subventionnement massif, ne délivrent qu’environ 8% de leur production de décembre à février et ne participent que très insuffisamment aux coûts qu’ils engendrent en matière de transport et d’interconnections.

En préalable aux scénarios alternatifs proposés, l’étude détaillent plusieurs actions qui devraient être entreprises dans tous les cas :

  • Nécessité d’un accord sur l’électricité avec l’UE, car la coopération avec nos voisins est indispensable ;
  • Garantir la poursuite de l’exploitation des centrales nucléaires existantes en adaptant le cadre réglementaire ;
  • Réforme du régime des subventions pour éviter de financer des énergies qui se déploient surtout en été alors que les besoins sont manifestes en hiver ;
  • Accélération du développement de l’énergie éolienne qui fournit deux tiers de son énergie au semestre d’hiver ;
  • Création de conditions-cadres permettant la construction rapide de centrales à gaz si le besoin s’en fait sentir.

Les deux scénarios alternatifs proposés visent à compenser la perte de plus d’un tiers de la production nationale totale d’électricité en hiver due à la sortie progressive du nucléaire qui avait été décidée par le Peuple suite à la catastrophe de Fukushima :

  • Le scénario 1 repose sur un mix d’hydroélectricité, d’une augmentation accrue d’énergie photovoltaïque et, surtout, d’une augmentation de l’éolien. Des centrales à gaz devraient intervenir afin de garantir l’approvisionnement hivernal.
  • Le scénario 2 vise principalement à construire deux nouvelles centrales nucléaires, ce qui réduirait notablement le recours aux sources alternatives.

Les commentaires d’Axpo présentent le mérite d’être très réalistes. Si Axpo soutient « fermement » le projet de lever l’interdiction de construire de nouvelles centrales nucléaires, l’énergéticien de Baden reconnait la nécessité d’un transfert des risques à l’Etat pour cette construction. Globalement Axpo reconnait que le scénario 1 semble susciter moins de résistances mais souligne également les difficultés de mise en œuvre de ce premier scénario, et notamment du développement significatif de la production éolienne.