Le Forum sur le climat et les changements globaux (ProClim) rattaché à l’Académie suisse des sciences naturelles (SCNAT) a publié il y a quelques semaines un rapport intitulé « Coup de projecteur sur le climat suisse », avec le sous-titre « Aperçu de l’évolution, des conséquences et des possibilités d’action ». Ce document scientifique d’un peu plus de 60 pages se veut « pertinent sur le plan politique sans formuler de recommandations d’action détaillées ». En fait, c’est une ‘traduction’ et une mise à jour pour la Suisse du 6ème rapport d’évaluation du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC).
La figure suivante résume graphiquement les conséquences les plus importantes pour la Suisse (rapport cité p. 12) :

Avec l’Europe occidentale, la Suisse fait partie des 5% des régions terrestres ayant enregistré la plus forte augmentation des chaleurs extrêmes. Par rapport à l’ère préindustrielle (1850-1900), la température moyenne a augmenté de 2,8 C contre ‘seulement’ 1,2 C au niveau mondial. Ceci s’explique par la situation géographique au centre du continent et par le recul de la couverture neigeuse et des glaciers, glaciers dont le volume a reculé de plus de 65% depuis 1850. Cette évolution se traduit par l’augmentation de la fréquence des fortes précipitations (+26%) qui deviennent de plus en plus intenses (+ 12%). La limite du zéro degré s’est, elle, élevée de 300 à 400 m. depuis 1961 et les jours de neige ont particulièrement diminué dans le même temps.
Les conséquences de ces modifications climatiques sont multiples : de nombreuses espèces végétales et animales souffrent et certaines risquent de disparaître. Certaines régions touristiques sont à la peine et ces difficultés provoquent une baisse de la productivité de notre économie. En termes d’émissions de gaz à effet de serre, on assiste à un recul et à un découplage d’avec la croissance économique. Toutefois cette baisse reste insuffisante pour limiter le réchauffement à 1,5 C comme négocié avec les accords de Paris. Ce recul n’est de plus pas très prononcé en Suisse, ce qui est dû au fait que notre pays ‘produit’ (ou consomme) beaucoup de CO2 à travers ses importations. Selon cette comptabilité, notre pays aurait déjà ‘épuisé’ son capital CO2 pour 1,5 C et si le réchauffement global passe de 1,5 C à 2,0 C, cela représenterait une augmentation de 3,5 C pour la Suisse, voir de 4,9 C si on suppose un réchauffement global de 3 C. Les effets expliqués plus haut seront donc encore démultipliés par cet échec à réduire le réchauffement.
Les pertes économiques causées par le changement climatique sont évaluées entre 10 et 23% du PIB mondial d’ici 2100. En matière de mesures destinées à combattre cette évolution, les experts semblent plébisciter l’action de l’Etat et d’éventuelles banques d’investissement publiques, et prôner un engagement financier important de la Suisse en faveur de la transition dans les pays en développement. Les experts questionnent également l’achat de crédits d’émissions étrangers, notre pays ne pouvant pas faire l’économie de mesures drastiques dans ce domaine. L’économie suisse devrait également être plus transparente sur le bilan climatique des entreprises et veiller aussi à ce que son industrie financière soutienne davantage les investissements respectueux du climat.
En résumé, ce rapport de SCNAT constitue une lecture plus que recommandée !
