BIODIVERSITE, Un nouveau récit à écrire

5.07.2021 |

En 2020 est paru un ouvrage intitulé BIODIVERSITE avec le sous-titre « Un nouveau récit à écrire »

Jacques Blondel
Biodiversité, Jacques Blondel

Son auteur, Jacques Blondel, est un biologiste français né en 1936 qui a fait sa carrière au CNRS dans le domaine de la biogéographie et des oiseaux. Cet ouvrage fait suite à un livre consacré en 2012 à la diversité biologique et à de nombreuses autres publications scientifiques.

Deux éléments m’ont frappé à la lecture de cet ouvrage : d’abord l’auteur ne définit nulle part de manière précise ce qu’est l’objet du livre, la biodiversité. Pour lui ce terme semble être une autre manière de parler de protection de la nature, du vivant. Ensuite, ces quelques 200 pages rassemblent plus de 200 références bibliographiques qui font écho à une très riche discussion de cette thématique en France et dans le monde.

Le livre de Blondel est tout autant un traité philosophique qu’un ouvrage dédié à la comparaison de théories scientifiques. Il devient même religieux à plusieurs égards : il commence par reprocher aux économistes de faire de la croissance une religion avant de terminer par l’espoir que peut nous donner l’encyclique du pape François « Laudato si’ ». Blondel fait également de nombreuses références à des philosophes français comme Dominique Bourg ou Michel Serre.

Blondel commence par retracer le développement de l’espèce humaine et son emprise croissante sur le destin des autres formes du vivant à l’ère de l’anthropocène. La référence aux travaux sur l’empreinte écologique lui permet ensuite de décrire les dangers que l’humanité fait courir à la planète. La dégradation progressive de l’environnement n’est que très partiellement prise en compte par les humains, chaque génération oubliant ce que les générations précédentes avaient déjà perdu, ce qu’il appelle « l’amnésie intergénérationnelle ».

Blondel commente dans le détail les différentes tentatives d’intégrer la nature dans les modèles économiques, notamment la quantification des services écosystémiques. Malgré certains signes positifs, Blondel se place sur un tout autre niveau et oppose une fin de non-recevoir aux économistes :

 « Le principe même d’une telle immersion de ce qu’est et fait la nature dans le champ de l’économie suppose que la nature soit commensurable, ce qui, ontologiquement, n’a aucun sens, car les valeurs morales, spirituelles et culturelles qui nous lient au monde ne sont ni quantifiables, ni substituables, ni échangeables. « 

Biodiversité, p. 61

Malgré cette position très critique et son constat que l’épidémie de Covid est un signe avant-coureur des catastrophes qui nous menacent, Blondel ne défend pas l’approche des ‘colapsologues’. Il reste modérément optimiste, notamment en relevant qu’il peut y avoir des succès comme celui du protocole de Montréal qui a permis de stopper l’extension du trou d’ozone. Blondel propose de prendre nos distances par rapport au modèle anthropocentrique. Sans tomber dans l’antispécisme, il déclare (p. 145) : « ..respecter le vivant non humain, c’est accepter des limites à sa propre action, c’est avoir avec lui des rapports autres que de domination ». Son analyse devient mystique sans fournir toutefois des conclusions très claires. Il accorde d’abord une place importante à l’analyse du pape François dans « Laudato si’ » tout en concluant dans son épilogue : « C’est une réalité que les interrogations des temps présents sur l’avenir d’une société dont les fondements s’enracinent dans un christianisme qui s’essouffle sont un appel à la construction d’un nouveau chantier dont l’écologie pourrait bien être le ciment. »  (op. cit. p. 187)

Ma propre conclusion est que cet ouvrage est surtout intéressant en termes philosophiques. Il est touffu et propose de nombreuses pistes, tout en soutenant une approche « écologiste-mainstream » qui défend les mouvements comme la grève du climat. Il prend position clairement contre certains intellectuels français critiques de la mouvance écologiste, ce qui n’est pas inattendu. Toutefois, je trouve que pour certains il aurait été plus utile de répondre à leurs thèses. C’est particulièrement le cas de l’ouvrage d’Alain Pavé auquel je consacrerai prochainement un article.

Je vous propose pour terminer d’écouter une interview récente de Jacques Blondel que j’ai trouvée sur youtube.

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